- 9 sept.
Les 5 causes de la souffrance en Yoga
- Academie des Sciences Védiques
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Les 5 causes de la souffrance en Yoga : comprendre les kleśa de Patanjali
Pourquoi continuons-nous parfois à souffrir alors que tout, extérieurement, a changé ?
Nous changeons de relation.
Nous changeons de travail.
Nous déménageons.
Nous modifions notre alimentation, nos habitudes, notre apparence, parfois même notre cercle social.
Et pourtant, certaines peurs, certains attachements ou certaines insatisfactions semblent revenir sous une autre forme.
La philosophie du Yoga propose une question radicalement différente :
Et si le problème ne se trouvait pas uniquement dans ce qui nous arrive, mais aussi dans la manière dont notre esprit perçoit ce qui nous arrive ?
C'est précisément l'un des sujets abordés par Patanjali dans les Yoga Sūtra.
Dans le Yoga Sūtra II.3, il identifie cinq grandes afflictions mentales appelées kleśa :
Avidyā – Asmitā – Rāga – Dveṣa – Abhiniveśa.
Elles sont généralement traduites par :
Avidyā : ignorance ou perception erronée
Asmitā : identification à l'ego
Rāga : attachement
Dveṣa : aversion
Abhiniveśa : attachement à la vie, peur de disparaître ou de mourir
Mais le sūtra suivant révèle quelque chose d'encore plus important.
Dans le Yoga Sūtra II.4, Patanjali indique qu'Avidyā constitue le terrain dans lequel les autres kleśa prennent racine.
Autrement dit, les cinq causes de la souffrance ne sont pas cinq phénomènes totalement indépendants.
Il existe une racine.
Et comprendre cette racine change profondément notre façon de comprendre le Yoga.
Qu'est-ce qu'un kleśa en Yoga ?
Le mot sanskrit kleśa désigne une affliction, une perturbation ou un facteur qui obscurcit la clarté de l'esprit.
Les kleśa ne correspondent donc pas simplement aux difficultés extérieures de la vie.
Patanjali s'intéresse à quelque chose de plus subtil :
la manière dont notre conscience interprète l'expérience.
Deux personnes peuvent vivre une situation extérieure très similaire et pourtant la ressentir de manière complètement différente.
Pourquoi ?
Parce que nous ne réagissons jamais uniquement aux événements.
Nous réagissons aussi à :
nos souvenirs,
nos peurs,
nos désirs,
nos identifications,
nos attentes,
nos expériences passées,
l'histoire que notre mental construit autour de la situation.
C'est à ce niveau que commence le travail proposé par le Yoga.
1. Avidyā : la racine de la souffrance
Avidyā est généralement traduite par ignorance.
Mais cette traduction peut être trompeuse.
Il ne s'agit pas simplement de manquer d'informations ou de connaissances intellectuelles.
Une personne peut avoir étudié pendant vingt ans, lu des centaines de livres et pourtant être profondément prise dans Avidyā.
Avidyā désigne plutôt une erreur fondamentale de perception.
Nous prenons ce qui est temporaire pour permanent.
Nous cherchons une stabilité absolue dans ce qui change constamment.
Nous nous identifions à ce que nous possédons, à notre statut, à notre corps, à notre histoire ou au regard des autres.
Et lorsque ces choses changent — comme elles finissent nécessairement par changer — nous souffrons.
C'est pour cette raison que Patanjali accorde à Avidyā une place particulière.
Avidyā n'est pas seulement un kleśa parmi les autres : elle est le terrain permettant aux autres de se développer.
La métaphore du serpent et de la corde
Une image classique de la philosophie indienne permet de comprendre très facilement Avidyā.
Imaginez que vous marchez le soir dans une pièce peu éclairée.
Vous apercevez quelque chose de long et recourbé sur le sol.
Immédiatement, votre esprit pense :
« Un serpent ! »
Votre cœur accélère.
Votre respiration change.
Les muscles se contractent.
La peur est authentique.
La réaction physiologique est authentique.
Mais quelqu'un allume la lumière.
Et vous découvrez qu'il n'y avait jamais eu de serpent.
C'était une corde.
Que faut-il alors faire pour se débarrasser du serpent ?
Rien.
Il n'est pas nécessaire de le combattre.
Il n'est pas nécessaire de le capturer.
Il n'est même pas nécessaire de le faire disparaître.
Il suffit de voir correctement.
C'est toute la puissance de cette métaphore.
La souffrance vécue était réelle.
Mais elle reposait sur une perception qui ne correspondait pas à la réalité.
2. Asmitā : quand nous nous confondons avec notre identité
Le deuxième kleśa est Asmitā.
Il est souvent traduit par « ego ».
Mais là encore, le sens yogique est plus précis.
Asmitā apparaît lorsque nous nous identifions complètement à une identité particulière.
Nous ne disons plus :
« J'ai échoué dans cette situation. »
Nous pensons :
« Je suis un échec. »
Nous ne disons plus :
« Cette personne ne partage pas mon opinion. »
Nous ressentons :
« Elle me rejette personnellement. »
Nous ne distinguons plus l'expérience de celui qui fait l'expérience.
Notre profession, notre apparence, notre réussite, notre rôle social ou notre histoire deviennent progressivement :
« Moi. »
Et plus l'identité devient rigide, plus tout ce qui la menace devient source de souffrance.
3. Rāga : l'attachement à ce qui nous procure du plaisir
Le troisième kleśa est Rāga, l'attachement.
Nous vivons une expérience agréable.
Le mental l'enregistre.
Puis apparaît une pensée :
« Je veux que cela continue. »
Ou :
« Je veux revivre exactement cette sensation. »
Le plaisir en lui-même n'est pas présenté ici comme le problème.
La difficulté commence lorsque notre tranquillité dépend de sa répétition.
Cela peut concerner :
une relation,
une personne,
la reconnaissance,
l'argent,
la réussite,
la nourriture,
les possessions,
ou même une expérience spirituelle.
Rāga transforme progressivement :
« J'apprécie cela »
en :
« J'ai besoin de cela pour aller bien. »
Cette différence est fondamentale.
4. Dveṣa : le rejet de ce que nous ne voulons pas ressentir
À l'opposé de Rāga se trouve Dveṣa, l'aversion.
Nous vivons une expérience désagréable.
Le mental l'enregistre.
Puis il développe une stratégie :
« Je ne veux plus jamais ressentir cela. »
Nous commençons alors à construire notre vie autour de l'évitement.
Éviter certaines personnes.
Éviter certaines conversations.
Éviter l'échec.
Éviter l'inconfort.
Éviter le changement.
Parfois même éviter nos propres émotions.
Rāga dit :
« Il me faut cela pour être heureux. »
Dveṣa dit :
« Cela ne doit surtout pas arriver si je veux être heureux. »
Dans les deux cas, notre paix intérieure devient dépendante des circonstances.
5. Abhiniveśa : la peur de perdre, de disparaître et de mourir
Le cinquième kleśa est Abhiniveśa.
Il est souvent associé à la peur de la mort, mais son sens peut être compris plus largement comme une profonde tendance à s'accrocher à l'existence et à ce qui nous donne un sentiment de continuité.
Nous voulons que les choses restent telles qu'elles sont.
Notre corps.
Nos proches.
Nos repères.
Notre identité.
Notre sécurité.
Notre existence elle-même.
Patanjali souligne la profondeur de cette tendance : même la connaissance intellectuelle de l'impermanence ne suffit pas nécessairement à la dissoudre.
Nous pouvons parfaitement savoir que tout change tout en vivant comme si certaines choses devaient durer éternellement.
Les 5 kleśa ne fonctionnent pas séparément
C'est ici que l'enseignement devient particulièrement intéressant.
Imaginons qu'une personne pense :
« Sans cette relation, je ne peux pas être heureuse. »
Plusieurs kleśa peuvent apparaître simultanément.
Avidyā : elle attribue peut-être à une circonstance extérieure le pouvoir absolu de lui apporter complétude et sécurité.
Asmitā : son identité est devenue étroitement liée à son rôle dans cette relation.
Rāga : elle s'attache à la présence de l'autre.
Dveṣa : elle rejette la solitude ou l'abandon.
Abhiniveśa : elle craint profondément la perte.
Nous voyons alors pourquoi Patanjali présente Avidyā comme le champ où les autres kleśa peuvent se développer.
La racine n'est pas toujours l'événement.
La racine peut être la perception de l'événement.
Pourquoi est-ce encore si actuel ?
Nous vivons dans une époque où nous disposons d'un nombre extraordinaire de possibilités pour modifier notre environnement.
Nous pouvons changer :
notre apparence,
notre métier,
notre partenaire,
notre ville,
notre alimentation,
nos habitudes,
notre cercle social.
Et certains changements sont évidemment nécessaires et bénéfiques.
Le Yoga ne nous demande pas de rester passifs face à une situation nocive ou insatisfaisante.
Mais il ajoute une deuxième question :
« Si je change l'extérieur sans comprendre ce qui se répète à l'intérieur, est-ce que la même structure reviendra sous une autre forme ? »
C'est probablement l'une des raisons pour lesquelles les enseignements de Patanjali restent si contemporains.
Pourquoi le Yoga ne se réduit pas aux postures
Dans le monde moderne, le Yoga est souvent associé principalement aux āsana, les postures.
Les postures ont une place importante.
Mais réduire le Yoga aux postures reviendrait à réduire une bibliothèque entière à une seule page.
Le Yoga classique travaille également avec :
l'éthique,
la discipline personnelle,
le souffle,
les sens,
la concentration,
la méditation,
l'observation de l'esprit,
la connaissance de soi.
Son objectif n'est donc pas uniquement :
« Comment rendre mon corps plus souple ? »
Une question plus profonde serait :
« Comment rendre ma perception plus claire ? »
Le Yoga ne demande pas de nier la souffrance
Comprendre Avidyā ne signifie surtout pas que toute souffrance serait « imaginaire ».
Une perte est réelle.
Une maladie est réelle.
Une injustice est réelle.
Une rupture peut être douloureuse.
La philosophie du Yoga ne consiste pas à nier l'expérience humaine.
Elle propose plutôt de distinguer plusieurs niveaux :
ce qui s'est réellement produit,
ce que nous ressentons,
et ce que notre mental ajoute à ce qui s'est produit.
Cette distinction peut être profondément libératrice.
Un exercice simple inspiré des kleśa
Lorsqu'une situation vous bouleverse, prenez quelques instants et écrivez :
1. Quel est le fait ?
Décrivez uniquement ce qui s'est réellement passé.
Sans interprétation.
2. Quelle histoire mon mental raconte-t-il ?
« Cela arrivera toujours. »
« Personne ne me respecte. »
« Je ne réussirai jamais. »
« Sans cette personne, tout est perdu. »
3. Quel kleśa reconnais-je ?
Est-ce principalement :
Avidyā ?
Je confonds mon interprétation avec la réalité.
Asmitā ?
Mon identité se sent menacée.
Rāga ?
Je m'accroche à quelque chose.
Dveṣa ?
Je cherche absolument à éviter quelque chose.
Abhiniveśa ?
J'ai peur de perdre ce qui me donne sécurité et continuité.
Puis posez-vous une dernière question :
« Est-ce vraiment vrai ce que mon mental est en train de me raconter ? »
Il ne s'agit pas de remplacer une pensée négative par une pensée artificiellement positive.
Il s'agit de regarder plus précisément.
Allumer la lumière.
De la corde au serpent : ce que cette métaphore change
Lorsque nous prenons une corde pour un serpent, nous avons deux possibilités.
La première consiste à passer des heures à élaborer différentes stratégies pour combattre le serpent.
La seconde consiste à apporter de la lumière.
C'est précisément l'une des grandes orientations du Yoga :
passer de la réaction automatique à la vision claire.
Et parfois, ce que nous cherchions désespérément à éliminer ne doit pas être vaincu.
Il doit être compris.
Questions fréquentes sur les 5 causes de la souffrance en Yoga
Quelles sont les 5 causes de la souffrance selon Patanjali ?
Les cinq kleśa mentionnés dans le Yoga Sūtra II.3 sont Avidyā, Asmitā, Rāga, Dveṣa et Abhiniveśa : ignorance ou perception erronée, identification à l'ego, attachement, aversion et attachement à la vie ou peur de la mort.
Quel est le principal kleśa ?
Patanjali accorde une place centrale à Avidyā. Dans le Yoga Sūtra II.4, elle est décrite comme le terrain à partir duquel les autres kleśa se développent.
Que signifie Avidyā en Yoga ?
Avidyā est souvent traduit par « ignorance », mais il s'agit surtout d'une méconnaissance de la nature réelle des choses ou d'une perception erronée.
Que signifie Rāga ?
Rāga désigne l'attachement à une expérience agréable et le désir de la reproduire ou de la conserver.
Que signifie Dveṣa ?
Dveṣa est l'aversion : le rejet de ce qui est associé à une expérience douloureuse ou désagréable.
Pourquoi parle-t-on du serpent et de la corde ?
La métaphore classique illustre une erreur de perception : dans l'obscurité, une corde peut être prise pour un serpent. La réaction est réelle alors que l'objet imaginé ne l'est pas. Lorsque la lumière apparaît, la perception se corrige.
Le Yoga peut-il aider à réduire les kleśa ?
Dans le système de Patanjali, la pratique du Yoga vise notamment à diminuer progressivement les perturbations mentales et à développer une perception plus claire grâce à la discipline, l'observation, la concentration et la méditation.
Voir plus clairement plutôt que combattre davantage
Nous passons souvent beaucoup de temps à essayer de modifier les circonstances de notre vie.
Parfois, c'est exactement ce qu'il faut faire.
Mais Patanjali nous invite également à regarder dans une autre direction.
Qu'est-ce qui, en nous, interprète la réalité ?
Qu'est-ce qui s'attache ?
Qu'est-ce qui rejette ?
Qu'est-ce qui a peur ?
Et surtout :
que sommes-nous peut-être en train de prendre pour un serpent alors qu'il ne s'agit que d'une corde ?
Le Yoga n'est alors plus uniquement une pratique destinée au corps.
Il devient une voie de connaissance.
Une manière d'apprendre à distinguer ce qui est réellement là de ce que notre mental projette sur ce qui est là.
Et parfois, la liberté ne commence pas lorsque nous réussissons enfin à contrôler le monde extérieur.
Elle commence lorsque nous voyons plus clairement.
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